
dimanche 29 novembre 2009
Le désenchantement de Madame Neige

vendredi 25 septembre 2009
Farafina, conte d'une Afrique retrouvée

Une grande dame toute seule.
Elle m'a appelé de la main.
Je me suis approché.
Elle m'a raconté.
Trahie,battue,violée,exilée, appauvrie, elle a porté le lourd fardeau de l'histoire de son époque.
Elle a subi les mensonges historiques qui ont brûlé ses cases, incendié sa maison, tué ses enfants et dispersé les autres.
On lui a pris son or, on a coupé ses verdures.
On a crevé ses tambours, on a brûlé ses écoles.
On a dénigré ses médecines et conspué ses versets.
Elle n'a plus de larmes.
Je la regardai. Je regardai sa beauté naturelle enfouie derrière le voile de poussière qui lui maquillait le visage.
Elle me dit soudain:"J'ai pansé mes blessures! Je suis désormais debout! Je t'attendais ! Regarde!"
Et elle se leva du trou profond d'où brillaient d'innombrables pierres précieuses rescapées du grand vol.
"Chut!, me fit-elle. Je suis Farafina, la reine Africa! Va me chercher les autres! Je reconstruis la maison. Cette fois-ci, personne ne trahira pour nous affaiblir! Nous ouvrons de nouveaux champs et, debout, ensemble, nous vaincrons, ou nous mourrons ensemble! Il est temps de retrouver le grand Saraba*!"
Et je partis à tue-tête crier la grande nouvelle :
"Elle est là! Elle nous emmène à Saraba!"
Babacar Mbaye Ndaak, conteur et auteur sénégalais.
*Saraba est l'eldorado chanté durant les années de souffrance par les Africains du Sénégal comme un retour espéré à un âge d'or mythique.
Source texte Jeune Afrique
samedi 16 mai 2009
Le petit mamelon rouge
Or le petit mamelon rouge marchait d'un pas léger dans la forêt enchantée. Son panier regorgeait de fruits savoureux: ça et là affleuraient des fraises, des framboises et des cerises. Toujours en fleur, jeune et ingénue, le petit mamelon rouge s'en allait porter ces victuailles à Mère-grand.Et toujours du mot bobinette, le petit mamelon rouge ne comprenait quenotte.
Nichés sur une butte, 4 petits cochons crachaient dans le vent. Pas fainéants et taquins, ils s'étaient affublés de charmants surnoms : Saumon, Frelon, Mérou et Lézard. Sans doute alléché par l'odeur de l'innocence, Saumon se mit à rodave autour de lui. En alerte, les 3 autres petits garnements se mirent aussi aux aguets. C'était le petit mamelon rouge qui passait de son pas naïf et enjoué. Vaporeuse dans sa petite jupe plissée, elle ne pouvait que séduire nos petits cochons. En un clin d'œil, les voici sur le chemin.
Après moult civilités, le petit mamelon rouge accepta de continuer sa route entourée de nos 4 petits amis. Au demeurant, la jeune fille ne s'inquiétait guère, elle savait que seul le loup était son ennemi. Elle s'en ouvrit à ses compagnons de marche: " Vous êtes des petits cochons et je n'ai pas peur de vous. Je crains le loup car Mère-grand dit qu'il veut toucher ma bobinette." Tout de go, Mérou, qui assurait question miches et levure, lui dit :" Dis moi petit mamelon rouge sais-tu ce qu'est une bobinette?". Notre jeune héroïne rougit et avoua son ignorance. Saumon et Lézard qui étaient moitié poètes et moitié filous s'employèrent à lui expliquer par le menu ce que par bobinette il fallait entendre. Par souci de clarté, ils eurent recours à des métaphores fruitières profitant en cela des fraises, des framboises et des cerises du panier de la jeune ingénue. Rougissant, palissant, blêmissant, notre petite fleur sentit son coeur battre la chamade. Car si ses joues révélaient une candeur non feinte, ses yeux semblaient briller d'une curiosité inhabituelle.
Frelon qui ne perdait jamais le nord lui bourdonna : "Que dirais-tu de goûter?" Il n'y a, dit-on, pas mieux que les leçons de choses. Le petit mamelon rouge opina du chef. Frelon ouvrit le bal.
Union de l'abeille, brouette, équerre surélevée, arbre à fruits, elle ne disait non à rien, elle disait oui de plus en plus souvent. Lutine, mutine, coquine, le petit mamelon rouge se surprenait de son plaisir et de son talent. La nuit était tombée sur le chemin de la forêt enchantée. Nos amis profitaient en silence d'un repos bien mérité. Les yeux dans les étoiles, le petit chaperon rouge se disait qu'elle était heureuse qu'on eut touché à sa bobinette. Et elle sentit que la bobinette cherra.
samedi 21 mars 2009
Etranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javelhommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés
Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos
Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.
Jacques PRÉVERT Grand bal du printemps Éditions Gallimard, 1955
jeudi 12 mars 2009
Comme une mandarine que je n'aurais pas droit de peler
Comme un dessin se détache de la fresque, il n'y a rien d'autre à attendre de toi que ta beauté invasive.
Et pourtant..... Pourtant, il y a tes seins qui sont des sphères brûlées, des caramels mats, des dénivellations dont je sens la douceur satinée depuis mon poste de kinésithérapeute lointain.
La peau de ton visage dont je sens la pulpe tendre. De la fraîcheur associative, un grain de papier fin qui caresserait la main plutôt que d'être caressé.
Tes yeux dont un noir maquillage fait vibrer la certitude.
7h45, un train est sur le point d'arriver. Comme presque tous les jours, j'étouffe ce chuchotement sournois qui ressemble au désir. Voilée, tu es voilée et ce voile te transfigure.
Comme la noix s'imagine derrière sa coquille, comme l'histoire s'impatiente derrière la couverture du livre, comme le rêve prépare ses couleurs au sommeil....tu n'es que de n'être un mirage, une tentation, un secret, un éventail, un lin, une frontière à visa.
7h50, un train est arrivé. Un choix de wagons bondés. Un pari. Tu es dans le mien. Comme un jackpot sentimental, un dollar primitif tombé dans mon escarcelle. Mais tu es dans le wagon d'à côté. Cette fois-ci j'étouffe un soulagement, celui de la satisfaction d'une défaite. Comblé par le prétexte de la distance, je n'aurais pas à faire violence à ma vie.
Le train s'enroue, je décide que ton soleil qui carbonise mon profil ne m'est pas destiné.
lundi 23 février 2009
Dans la cave
Dans la cave où je suis, il y a un soupirail. Depuis ce soupirail, je vois les jambes des passants qui vont et qui viennent dans la rue pavée. Depuis ce soupirail, j'ai vu les défilés de toutes les modes.Automne, hiver, été.
Les passants sans passé qui ne me verront jamais. Des jambes sans tête, pas une oreille pour m'entendre crier.
Les fers qui enserrent ma main comme les crocs d'une bête ne me font plus souffrir.
J'ai des amis par milliers. Des gouttes de pluie qui se sont perdues. Le vent qui vient siffler quelques notes étouffées.
dimanche 8 février 2009
Libido de la plume

Je t'écris et, à cheval sur la grammaire, tu m'apostrophes, tu me ratures, tu te couches.
Dévergondé du stylo, laisse moi te dire des mots doux ou salaces et laissons s'enlacer les saillies des virgules les moins sages.
A la plume nous sommes des polissons. Je t'assaisonne, je te mitonne, tu mijotes, tu bourdonnes, tu m'étonnes, je ne te savais pas aussi experte en accessoires associatifs.
Ton encre est un appel. Je m'y trempe avec délice, je m'y empresse, j'apprécie chacune des nervures de ta page.
Encre pure qui n'a jamais servie, je me sers. Dessert. Ne soyons pas philosophes, rêvons, la langue est si bonne conseillère quand elle voyage. Ton thème, tes supputations, des mots dits dans le noir avec une pointe d'exagération.
Vorace, vaurien, vénéneux et des attirails de vocabulaire dressés.
samedi 7 février 2009
Un nouveau chapitre pour Chopito
Ni en faire un fromage.
La chapelure, les chapelets, ce n'est pas sa tasse de thé.
Les choppes et les choupettes auraient plutôt sa préférence.
Un chopito dans une chapelle, ce serait surprenant.
Un chopito qui chiperait dans l'échoppe avenante d'une donzelle serait plus envisageable.
Le chopito, une vraie légende urbaine. Un cocktail devenu lait de poule.
Devenu depuis aussi fameux que le baiser français, le bisou du siècle
Mieux qu'un ours en peluche.
On serait dans un sex shop sans se faire choper.
Ou des chips, 4 chimpanzés, une partie de Scrabble et ça chaloupe.
Zoukez ferme camarades, dégrafons les chalopettes.
Je te souhaite de la pêche ...et d'éplucher ton talent.
Pot d'échappement en mode compet'
Épate les mon pote!
Merci du chat perché au Chopito.
jeudi 29 janvier 2009
Anissa

Il aurait fallu scier la branche.
Mais comment se passer de ta plastique irréprochable?
Je préparais mes couverts.Je mettais ma serviette autour du cou.
Je m'apprêtais pour le festin.
C'était, je crois, à l'époque où j'hésitais entre la foi et les liqueurs à l'anis.
Anissa,ta blancheur et tes soucis intéressaient la majeure partie de mes organes.
Versatile, tu donnais et tu reprenais.C'était pas le château de Versailles.
Mais j'avais cru un moment que tu pouvais devenir ma reine. Imbécilité du désir.
Tu savais pas ce que tu voulais et moi je te voulais.
Indifférent, tu me réclamais. Présent et proche, je devenais un fardeau.
Faut pas se foutre de la gueule des hormones.
Les sentiments, un mélange d'eau de rose et d'envie de carnage.
Anissa, nous n'étions pas en bois.
Image : Le verrou par Fragonard