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dimanche 29 novembre 2009

Le désenchantement de Madame Neige

Exhaussée, Blanche-Neige s'était libérée de sa vie de servante avec les nains pour devenir Madame Neige. Le prince quand il était encore charmant avait consenti à ce que la belle garde ce nom qui à lui seul était comme un bâton de majesté, le symbole de la dimension féerique de son épouse et une dote bien plus précieuse que l'or et les tissus soyeux des grandes familles.

Les années avaient pourri. De la vie morne et plate, il arrive qu'on fasse une vie de bien-être et de plénitude mais que peut-on bien faire d'une vie de sortilèges, de magie et de faits extraordinaires?

On y redescend. Car avec le mariage, la maison et bientôt le premier enfant étaient arrivés le confort, les emplois du temps, les grandes surfaces et la sanction d'un quotidien qui désannoblit et installe dans l'éreintement psychologique, la paresse et l'énervement systématique.

Consentir à sortir du charme parce qu'il charrie son lot de dangers et de malheurs potentiels : elle le savait, ce sacrifice ouvrait une porte sur un monde rassurant mais insipide. Blanche-Neige était devenue Madame Neige, une ménagère, une consommatrice qui se consumait dans la vapeur d'une locomotive qu'elle ne pilotait pas. Des couches, des courses, des coups : il avait changé, il s'était gâté, elle l'avait suivi, elle avait subi.

Désarrimée de ses rêves, de son amour et de la sanctification de l'étrange,elle prenait des pilules qu'on aurait pris de loin pour les perles à vœux d'une enfance enchantée.

vendredi 25 septembre 2009

Farafina, conte d'une Afrique retrouvée


Une grande terre où autrefois, il y avait tout. Une grande plaine désertée par les hommes qui ont suivi la forêt désespérée.
Une grande dame toute seule.
Elle m'a appelé de la main.
Je me suis approché.
Elle m'a raconté.
Trahie,battue,violée,exilée, appauvrie, elle a porté le lourd fardeau de l'histoire de son époque.
Elle a subi les mensonges historiques qui ont brûlé ses cases, incendié sa maison, tué ses enfants et dispersé les autres.
On lui a pris son or, on a coupé ses verdures.
On a crevé ses tambours, on a brûlé ses écoles.
On a dénigré ses médecines et conspué ses versets.
Elle n'a plus de larmes.
Je la regardai. Je regardai sa beauté naturelle enfouie derrière le voile de poussière qui lui maquillait le visage.
Elle me dit soudain:"J'ai pansé mes blessures! Je suis désormais debout! Je t'attendais ! Regarde!"
Et elle se leva du trou profond d'où brillaient d'innombrables pierres précieuses rescapées du grand vol.
"Chut!, me fit-elle. Je suis Farafina, la reine Africa! Va me chercher les autres! Je reconstruis la maison. Cette fois-ci, personne ne trahira pour nous affaiblir! Nous ouvrons de nouveaux champs et, debout, ensemble, nous vaincrons, ou nous mourrons ensemble! Il est temps de retrouver le grand Saraba*!"
Et je partis à tue-tête crier la grande nouvelle :
"Elle est là! Elle nous emmène à Saraba!"

Babacar Mbaye Ndaak, conteur et auteur sénégalais.


*Saraba est l'eldorado chanté durant les années de souffrance par les Africains du Sénégal comme un retour espéré à un âge d'or mythique.

Source texte Jeune Afrique

samedi 16 mai 2009

Le petit mamelon rouge

Or le petit mamelon rouge marchait d'un pas léger dans la forêt enchantée. Son panier regorgeait de fruits savoureux: ça et là affleuraient des fraises, des framboises et des cerises. Toujours en fleur, jeune et ingénue, le petit mamelon rouge s'en allait porter ces victuailles à Mère-grand.
Mère-grand lui disait pourtant de ne pas venir tous les jours. Car bien qu'enchantée, la forêt était pleine de dangers. La vieille dame la prévenait surtout de se garer du grand méchant loup: "De la gourmandise du loup, il faut te méfier, à ta bobinette il veut toucher" lui disait-elle sans cesse.
Et toujours du mot bobinette, le petit mamelon rouge ne comprenait quenotte.

Nichés sur une butte, 4 petits cochons crachaient dans le vent. Pas fainéants et taquins, ils s'étaient affublés de charmants surnoms : Saumon, Frelon, Mérou et Lézard. Sans doute alléché par l'odeur de l'innocence, Saumon se mit à rodave autour de lui. En alerte, les 3 autres petits garnements se mirent aussi aux aguets. C'était le petit mamelon rouge qui passait de son pas naïf et enjoué. Vaporeuse dans sa petite jupe plissée, elle ne pouvait que séduire nos petits cochons. En un clin d'œil, les voici sur le chemin.

Après moult civilités, le petit mamelon rouge accepta de continuer sa route entourée de nos 4 petits amis. Au demeurant, la jeune fille ne s'inquiétait guère, elle savait que seul le loup était son ennemi. Elle s'en ouvrit à ses compagnons de marche: " Vous êtes des petits cochons et je n'ai pas peur de vous. Je crains le loup car Mère-grand dit qu'il veut toucher ma bobinette." Tout de go, Mérou, qui assurait question miches et levure, lui dit :" Dis moi petit mamelon rouge sais-tu ce qu'est une bobinette?". Notre jeune héroïne rougit et avoua son ignorance. Saumon et Lézard qui étaient moitié poètes et moitié filous s'employèrent à lui expliquer par le menu ce que par bobinette il fallait entendre. Par souci de clarté, ils eurent recours à des métaphores fruitières profitant en cela des fraises, des framboises et des cerises du panier de la jeune ingénue. Rougissant, palissant, blêmissant, notre petite fleur sentit son coeur battre la chamade. Car si ses joues révélaient une candeur non feinte, ses yeux semblaient briller d'une curiosité inhabituelle.

Frelon qui ne perdait jamais le nord lui bourdonna : "Que dirais-tu de goûter?" Il n'y a, dit-on, pas mieux que les leçons de choses. Le petit mamelon rouge opina du chef. Frelon ouvrit le bal.
Union de l'abeille, brouette, équerre surélevée, arbre à fruits, elle ne disait non à rien, elle disait oui de plus en plus souvent. Lutine, mutine, coquine, le petit mamelon rouge se surprenait de son plaisir et de son talent. La nuit était tombée sur le chemin de la forêt enchantée. Nos amis profitaient en silence d'un repos bien mérité. Les yeux dans les étoiles, le petit chaperon rouge se disait qu'elle était heureuse qu'on eut touché à sa bobinette. Et elle sentit que la bobinette cherra.

Librement inspiré d'un conte de Perrault d'après l'idée originale d'un pirate mexicain.

samedi 21 mars 2009

Etranges étrangers

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel

hommes des pays loin

cobayes des colonies

Doux petits musiciens

soleils adolescents de la porte d’Italie

Boumians de la porte de Saint-Ouen

Apatrides d’Aubervilliers

brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris

ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied

au beau milieu des rues

Tunisiens de Grenelle

embauchés débauchés

manœuvres désœuvrés

Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone

pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre

rescapés de Franco

et déportés de France et de Navarre

pour avoir défendu en souvenir de la vôtre

la liberté des autres

Esclaves noirs de Fréjus

tiraillés et parqués

au bord d’une petite mer

où peu vous vous baignez

Esclaves noirs de Fréjus

qui évoquez chaque soir

dans les locaux disciplinaires

avec une vieille boîte à cigares

et quelques bouts de fil de fer

tous les échos de vos villages

tous les oiseaux de vos forêts

et ne venez dans la capitale

que pour fêter au pas cadencé

la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal

dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois

jongleurs aux innocents couteaux

qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés

de jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés

qui dormez aujourd’hui de retour au pays

le visage dans la terre

et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé

la monnaie de vos papiers dorés

on vous a retourné

vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers

Vous êtes de la ville

vous êtes de sa vie

même si mal en vivez

même si vous en mourez.

Jacques PRÉVERT Grand bal du printemps Éditions Gallimard, 1955

jeudi 12 mars 2009

Comme une mandarine que je n'aurais pas droit de peler

Comme une mandarine que je n'aurais pas droit de peler, tu habilles cette gare.
Comme un dessin se détache de la fresque, il n'y a rien d'autre à attendre de toi que ta beauté invasive.
Et pourtant..... Pourtant, il y a tes seins qui sont des sphères brûlées, des caramels mats, des dénivellations dont je sens la douceur satinée depuis mon poste de kinésithérapeute lointain.
La peau de ton visage dont je sens la pulpe tendre. De la fraîcheur associative, un grain de papier fin qui caresserait la main plutôt que d'être caressé.
Tes yeux dont un noir maquillage fait vibrer la certitude.

7h45, un train est sur le point d'arriver. Comme presque tous les jours, j'étouffe ce chuchotement sournois qui ressemble au désir. Voilée, tu es voilée et ce voile te transfigure.
Comme la noix s'imagine derrière sa coquille, comme l'histoire s'impatiente derrière la couverture du livre, comme le rêve prépare ses couleurs au sommeil....tu n'es que de n'être un mirage, une tentation, un secret, un éventail, un lin, une frontière à visa.
7h50, un train est arrivé. Un choix de wagons bondés. Un pari. Tu es dans le mien. Comme un jackpot sentimental, un dollar primitif tombé dans mon escarcelle. Mais tu es dans le wagon d'à côté. Cette fois-ci j'étouffe un soulagement, celui de la satisfaction d'une défaite. Comblé par le prétexte de la distance, je n'aurais pas à faire violence à ma vie.
Le train s'enroue, je décide que ton soleil qui carbonise mon profil ne m'est pas destiné.

lundi 23 février 2009

Dans la cave

Dans la cave où je suis, il y a un soupirail. Depuis ce soupirail, je vois les jambes des passants qui vont et qui viennent dans la rue pavée. Depuis ce soupirail, j'ai vu les défilés de toutes les modes.
Automne, hiver, été.
Les passants sans passé qui ne me verront jamais. Des jambes sans tête, pas une oreille pour m'entendre crier.
Dans la cave où je suis enfermé, il y a un soupirail. Depuis le temps où je suis enchaîné, je ne sais plus bien ce qu'on me reproche. Peut-être le pire, peut-être rien.
Les fers qui enserrent ma main comme les crocs d'une bête ne me font plus souffrir.
Je regarde ma main peu à peu devenir chair et de chair devenir os et d'os devenir une chose sans nom qui va bientôt tomber comme le sable du sablier finit par tomber.
Parfois un chien, un chat viennent à la fenêtre du soupirail. Leurs têtes élastiques s'avancent vers moi et leurs yeux vagues semblent avoir pitié de moi. Leur sort me ferait presque envie. Ils tâchent de survivre mais sont à l'air libre.
J'ai des amis par milliers. Des gouttes de pluie qui se sont perdues. Le vent qui vient siffler quelques notes étouffées.
Des fourmis, des scarabées, des cafards, des rats qui trouvent tous que dans cet entonnoir la vie vaut d'être vécue.
De déjections en déjections, j'ai fini par croire que la terre avait ordinairement cette odeur de merde.
Je dors dans la fange et je me réveille dans la folie.
Dans la cave où je suis, il y a un soupirail.

dimanche 8 février 2009

Libido de la plume


En matière d'écriture,je suis un goinfre. La gourmandise de ma plume n'est pas dangereuse pour mon cholestérol. Sucré, salé, mignardises, débats et des hauts sérieux ou futiles, tout peut se dire et se faire sur le papier et sans protection.
Je t'écris et, à cheval sur la grammaire, tu m'apostrophes, tu me ratures, tu te couches.
Dévergondé du stylo, laisse moi te dire des mots doux ou salaces et laissons s'enlacer les saillies des virgules les moins sages.
A la plume nous sommes des polissons. Je t'assaisonne, je te mitonne, tu mijotes, tu bourdonnes, tu m'étonnes, je ne te savais pas aussi experte en accessoires associatifs.
Ton encre est un appel. Je m'y trempe avec délice, je m'y empresse, j'apprécie chacune des nervures de ta page.
Encre pure qui n'a jamais servie, je me sers. Dessert. Ne soyons pas philosophes, rêvons, la langue est si bonne conseillère quand elle voyage. Ton thème, tes supputations, des mots dits dans le noir avec une pointe d'exagération.
Vorace, vaurien, vénéneux et des attirails de vocabulaire dressés.

samedi 7 février 2009

Un nouveau chapitre pour Chopito

Chopito lève le chapiteau. Début d'un nouveau chapitre. On va pas chipoter longtemps.
Ni en faire un fromage.
La chapelure, les chapelets, ce n'est pas sa tasse de thé.
Les choppes et les choupettes auraient plutôt sa préférence.
Un chopito dans une chapelle, ce serait surprenant.
Un chopito qui chiperait dans l'échoppe avenante d'une donzelle serait plus envisageable.

Le chopito, une vraie légende urbaine. Un cocktail devenu lait de poule.
Devenu depuis aussi fameux que le baiser français, le bisou du siècle
Mieux qu'un ours en peluche.

On serait dans un sex shop sans se faire choper.
Ou des chips, 4 chimpanzés, une partie de Scrabble et ça chaloupe.
Zoukez ferme camarades, dégrafons les chalopettes.
Je te souhaite de la pêche ...et d'éplucher ton talent.
Pot d'échappement en mode compet'
Épate les mon pote!
Merci du chat perché au Chopito.



jeudi 29 janvier 2009

Anissa


Il aurait fallu être de bois. Mais de bois je ne l'étais pas.
Il aurait fallu scier la branche.
Mais comment se passer de ta plastique irréprochable?
Je préparais mes couverts.Je mettais ma serviette autour du cou.
Je m'apprêtais pour le festin.
C'était, je crois, à l'époque où j'hésitais entre la foi et les liqueurs à l'anis.
Anissa,ta blancheur et tes soucis intéressaient la majeure partie de mes organes.
Versatile, tu donnais et tu reprenais.C'était pas le château de Versailles.
Mais j'avais cru un moment que tu pouvais devenir ma reine. Imbécilité du désir.
Tu savais pas ce que tu voulais et moi je te voulais.
Indifférent, tu me réclamais. Présent et proche, je devenais un fardeau.
Faut pas se foutre de la gueule des hormones.
Les sentiments, un mélange d'eau de rose et d'envie de carnage.
Anissa, nous n'étions pas en bois.

Image : Le verrou par Fragonard